À Pornic, la toute nouvelle place du Môle, réaménagée face au vieux port, avec vue sur le château, vient d’être taguée quelques semaines seulement après son inauguration. Des inscriptions noires ont été tracées sur le revêtement de la promenade et sur les bancs en bois flambant neufs. Le mobilier urbain à peine livré est déjà souillé. La scène est d’autant plus affligeante que l’endroit n’est pas anodin. Nous ne sommes pas dans une zone abandonnée, ni dans un recoin oublié. Nous sommes au cœur de Pornic, dans l’un des plus beaux paysages de la côte de Loire-Atlantique, entre le vieux port, les bateaux, les façades historiques et le château. Un décor de carte postale, que la commune venait précisément de remettre en valeur à travers un réaménagement destiné à rendre la promenade plus agréable, plus végétalisée, plus apaisée.
Il aura donc suffi de quelques semaines pour que le réel rattrape les discours. On inaugure, on coupe le ruban, on parle d’espace partagé, de cadre de vie, de patrimoine, de promenade familiale. Et puis, dans la nuit ou à l’abri des regards, quelques individus viennent salir ce qui appartient à tous. Car c’est bien cela qu’il faut rappeler : ces bancs, ces sols, ces aménagements, ce ne sont pas des objets tombés du ciel. Ils ont été payés par l’argent public, donc par les contribuables.
Après La Baule, où les bagarres sur le remblai ont récemment rappelé que même les stations balnéaires les plus réputées ne sont plus totalement épargnées par les comportements de bande, voilà Pornic touchée à son tour par une autre forme de dégradation du quotidien. Le message est le même : une minorité impose sa laideur, son mépris et son impunité à la majorité silencieuse. Le plus révoltant, dans cette affaire, est peut-être la rapidité du saccage. Trois semaines à peine après l’inauguration, les tags sont déjà là. Comme si la beauté, l’ordre et le soin apporté à l’espace commun devenaient insupportables à certains. Comme si toute tentative d’embellir une ville devait aussitôt être ramenée au niveau du mur sale, du banc griffonné et du trottoir dégradé.
On entendra sans doute les habituelles excuses. La jeunesse désœuvrée, l’ennui, le manque de lieux d’expression, les difficultés sociales, et tout le vocabulaire d’accompagnement qui transforme trop souvent les responsables en victimes. Mais une ville civilisée repose d’abord sur une règle simple : ce qui appartient à tous doit être respecté par chacun. La nouvelle place du Môle devait être un symbole de renouveau urbain. Elle devient, malgré elle, le révélateur d’un malaise plus profond. Nos villes peuvent investir, embellir, végétaliser, moderniser. Mais si l’autorité publique ne protège pas ce qu’elle construit, si la sanction ne suit jamais la dégradation, alors l’argent public devient une proie facile pour les vandales.
Pornic mérite mieux que cela. Les habitants aussi. Et les élus locaux, qui demandent souvent aux citoyens de participer, de respecter les espaces, de soutenir les commerces et de faire vivre la commune, doivent désormais répondre à une attente simple : que l’ordre revienne dans l’espace public. Pas un ordre brutal. Un ordre normal. Celui qui permet à une famille de se promener, à une personne âgée de s’asseoir sur un banc propre, à un touriste de photographier le port sans avoir sous les yeux la signature imbécile de ceux qui confondent liberté et dégradation.







